작품 상세

George SAND (1804-1876). L.A.S., Nohant 7 mars 1850, à M. Bernard, à Londres ; 5 pages in-8, enveloppe. Très belle lettre inédite à un proscrit : Martin Bernard, dit Martin-Bernard (1808-1883), ouvrier typographe, militant républicain, représentant du peuple et commissaire de la République, exilé en Blegique puis en Angleterre en 1849. Mme Le B. de T. [Lebarbier de Tinan] ne lui a jamais proposé de retoucher ou d'arranger l'ouvrage de Bernard, mais de le lire afin de l'appuyer auprès d'un éditeur, et G. Sand a accepté, tout en précisant qu'elle n'avait pas d'éditeur pour son compte personnel, « tous m'ayant traitée dans ces derniers tems comme des juifs qui spéculent sur les embarras de la situation », à l'exception d'un seul, son ami M. Hetzel, à qui elle a adressé le frère de son correspondant, et qui était d'avis « qu'il fallait tâcher de faire la moitié des frais. [...] Il faut donc, ou suivre le conseil d'Hetzel ou que Mr votre frère déterre un autre honnête home qui ait encore quelques fonds, trouvaille difficile dans cette partie, mais qui n'est pas impossible »... Elle regrette de ne pouvoir indiquer cet homme-là, et elle explique ses scrupules à revoir un ouvrage quelconque : « un ouvrage corrigé, comme un dîner réchauffé ne valent jamais rien. Dans un récit de ce genre surtout, où l'expérience, l'émotion, l'impression personnelle sont tout, comment se mettre à la place de l'auteur, comment peindre ce qu'il a vu et décrire ce qu'il a senti ? Ce serait absurde, impossible. L'ouvrage fût-il plein de défauts (ce que je ne crois pas du tout) en voulant effacer ces défauts, on enlèverait certainement des qualités qu'on ne remplacerait pas. Et puis enfin, la même raison qui vous ferait répugner à signer un ouvrage arrangé, me ferait répugner à l'arranger de mon côté. Votre modestie en souffrirait ? Croyez que j'en ai aussi ma part et qu'un pauvre paon comme moi estime beaucoup moins son importance littéraire que le courage, la vie et les souffrances d'un geai comme vous, puisque geai vous avez dit »... Elle parle en termes voilés de leur ami courageux et héroïque [Barbès]... Elle a pris les idées de son siècle « comme une vraie femme » par le côté du sentiment, plus que par la science ou la logique. « Bien que j'aie essayé d'étudier et de comprendre, comme tout le monde, la raison divine des choses humaines, je n'ai jamais pu me défendre d'aimer follement mes semblables, et par conséquent de porter dans l'appréciation des aventures historiques qu'on appelle à tort aujourd'hui la politique, les ardeurs et les dégouts de la passion, si bien qu'ayant vu de près, pour la première fois, en février 1848, les hommes et les choses, et un peu aussi les masses, j'étais revenue dans ma retraite découragée, abattue, et n'ayant plus le moindre désir de les revoir. Vous me disiez, vous, une chose qui m'a beaucoup frappée. C'est que les hommes étaient tous aussi lâches et aussi mauvais les uns que les autres en haut, en bas, au milieu. Qu'il ne fallait pas s'en occuper autrement que comme des chiffres, quand on touchait à la politique. Que la seule différence à faire entre eux, c'était celle des principes et qu'il fallait voir l'opinion et non l'homme, l'action et non le coeur. Vous aviez raison, mais quoique je n'aie rien à répondre à cela, votre parole, et votre stoïcisme dans cette appréciation m'ont laissé une tristesse encore plus profonde »...