작품 상세

Théodore Géricault (1791-1824) Étude pour la bataille de Chacabuco (1819) Crayon noir et sanguine sur papier (sans filigrane) 7, 6 cm x 12,1 cm Inscriptions au crayon noir, sur le papier de montage : « Croquis pour la Bataille de Chacabuco - (lithog) - Collections Alex. Colin et Binder ». Cachet de collection, en bas, au milieu : « POD », Pierre-Olivier Dubaut (Lugt n° 2103b). L'encre est insolée, le cachet est donc peu visible. Au verso, cachets de collection, à l'encre violette, en bas à droite et à gauche : « POD », Pierre-Olivier Dubaut (Lugt n° 2103b). Provenance : - Collection Alexandre Colin (1798-1875), Paris - Collection Jean-Charles Binder (1819-1891), Paris - Peut-être : Catalogue des tableaux anciens & modernes, dessins, aquarelles, lithographies et eaux fortes [...] dépendant de la succession de M. Ch. B. [Binder], Chevallier, commissaire-priseur, Féral, expert, Paris, Hôtel Drouot, salle n° 3, 9 février 1892, n° 26 : « Géricault (Th.)/ Environ deux cents croquis. Plume et mine de plomb. (Ce numéro sera divisé) ». - Collection Pierre-Olivier Dubaut (1886-1968), Paris - Collection Maxime Dubaut (1920-1991), Paris - Collection Jacqueline Dubaut-Bellonte (1926-2012), Paris - Collection particulière, Paris Ce beau et vigoureux dessin est la deuxième étude préparatoire connue qui nous soit parvenue pour la lithographie de la Bataille de Chacabuco (fig. 1), un épisode de la lutte pour l'indépendance des peuples de l'Amérique du Sud qui eut lieu le 12 février 1817. Géricault fut, en fait, sollicité pour quatre lithographies à caractère éminemment politique . Clément, le premier, apporta ces précieuses indications : « Ces quatre pièces furent faites pour un jeune homme nommé Cramer, sous-lieutenant de l'armée française, licencié en 1815, et qui avait pris du service dans l'armée de l'indépendance américaine, où il devint aide de camp du général Saint-Martin [sic]. Revenu à Paris, il fut amené par un ami commun à l'atelier de Géricault, à qui il vit lithographier des sujets militaires. Il lui raconta ses campagnes et obtint qu'il lui fit gratuitement ces quatre planches, disant que, de retour à Buenos-Ayres, elles feraient sa fortune » . Il est regrettable que Clément n'ait rien voulu dire sur l'ami commun qui amena Cramer dans l'atelier de Géricault, mais on peut se demander, à la suite d'Eitner , s'il ne s'agirait pas tout simplement de Corréard, l'un des rescapés du radeau de La Méduse, qui possédait les épreuves uniques de la Bataille de Chacabuco et de la Bataille de Maïpu, coloriées par Géricault . En 1986, Christopher Sells retrouva la date probable de l'arrivée en France de Cramer, « ex-militaire ». Le 27 février 1819, il débarquait à Calais, en route pour Paris . On pourrait donc faire remonter la visite de Cramer à Géricault au mois de mars 1819 . A l'époque, Géricault était en train de peindre sa grande toile du Radeau de la Méduse. En 1992, Bazin publia enfin le fruit de ses recherches effectuées dans les archives du Service historique de l'armée. Né à Paris le 7 février 1790, Ambroise-Jérôme Cramer entra à l'Ecole militaire le 27 décembre 1806. Il prit part aux campagnes d'Espagne, de France et de Belgique et fit partie de l'armée de la Loire. Il fut mis en demi-solde, avec le grade de capitaine, le 26 septembre 1815. Un an plus tard, on retrouve sa trace dans l'armée des Andes avec laquelle il fit la campagne du Chili de janvier 1817 à mars 1818. Le 12 février 1817, il commandait à Chacabuco le 8e bataillon d'infanterie qu'il avait formé, et ses faits d'armes, écrit Bazin, « lui valurent du gouvernement des Provinces Unies une médaille d'or ». En 1818, il servit comme aide de camp du général Belgrano mais fut licencié le 5 juillet de cette même année. Il revint à Paris, en repartit et reprit du service dans l'armée des Provinces-Unies le 4 décembre 1820 avec le grade de lieutenant-colonel (il fut licencié en 1825) . On ne sait à quelle époque Cramer quitta Paris après avoir rencontré Géricault. Sans doute au cours du premier semestre 1820 car dès le 21 juin 1820 la commercialisation des lithographies de Géricault était signalée par la presse de Buenos Aires . Le dessin préparatoire pour la Bataille de Chacabuco montre le général José de San Martin le bras droit tendu, une rhétorique gestuelle qui signifie l'entraînement des troupes. Géricault la reprendra dans son portrait équestre de San Martin et la modifiera dans la version finale de sa lithographie en lui adjoignant un sabre levé. Dans ce dessin, la fougue du chef et des cavaliers qui l'accompagnent est rendue par un graphisme nerveux alliant pour notre plus grand plaisir visuel la pierre noire et la sanguine. La manière d'attaquer le papier est magistrale : « la puissance de la main égale la puissance de la conception, ou plutôt l'une s'unit à l'autre et elles se complètent réciproquement » . La brillante simplification du corps et des têtes des cavaliers est encore une caractéristique majeure de l'art de Géricault. L'audacieuse manière dont est dessiné le cheval de droite illustre à merveille l'explication donnée en 1848 par Delacroix à Gigoux : « Un matin que nous venions de monter la garde ensemble et que nous rentrions chez moi, je lui fis voir [à Delacroix] une tête en marbre d'un des douze Césars que je venais de rapporter d'Italie quelques jours auparavant. - « " Je trouve ceci très beau, lui dis-je ; mais je doute que ce soit un antique". « Il l'examina attentivement et me répondit alors : - « "Non, cher ami, c'est de la Renaissance. Voyez-vous, les antiques prenaient par les milieux, au lieu que la Renaissance prenait par la ligne. Tenez !... " « Là-dessus, il prit une plume et traça sur une feuille de papier une série d'ovales, grands, moyens et petits ; puis, d'un trait léger, mais bien intelligent c'est clair, il rejoignait le dessus de ces ovales, - de ces aeufs, si vous voulez ; - puis enfin, ajoutant encore un petit coup par-ci par là, il vous montrait, comme par enchantement, un cheval superbe, se cabrant, piaffant, ne laissant rien à désirer pour le mouvement et la vie. Il en fit ainsi cinq ou six dans toutes les attitudes, et, comme cela m'intéressait et que, du reste, il s'en amusait autant que moi, il fit ensuite un homme de face, de dos, assis, debout, etc... Bref, il couvrit une quinzaine de grandes feuilles, toujours par le même procédé. « Pendant ce temps ce temps, ma ménagère servait le déjeuner ; car après avoir passé la nuit sur les planches du lit de camp, l'appétit ne nous manquait pas, et Delacroix continua de causer sur ces aeufs avec toute sa verve des jours d'entrain. - « "Mais, dites-moi, comment avez-vous trouvé cela ? " lui demandai-je. - « "Oh ! voici : M. Gros l'avait pris des Grecs ; Géricault le tenait de M. Gros ; puis, ne s'en contentant pas, il l'a repris aussi des Grecs et des Étrusques". « Je possède, en effet, quantité de dessins de Géricault, qui sont faits suivant ces mêmes principes. Ainsi, sur telle feuille, par exemple, qui porte la copie d'un vase, Géricault trace à côté ses ovales, et il arrive immédiatement par ses séries d'ovales à des dessins aussi étrusques que sa copie directe » . Ce beau dessin préparatoire était, jusqu'à ce jour, parfaitement inconnu des spécialistes de l'artiste. Ceci explique son absence du catalogue raisonné de Germain Bazin. Bruno Chenique Cette aeuvre sera incluse dans le Catalogue raisonné des dessins inédits et retrouvés de Théodore Géricault, actuellement en préparation par M. Bruno Chenique.