작품 상세

Théodore Géricault (1791-1824) Étude pour la mutinerie sur le radeau de la Méduse (1818-1819) Mine de plomb sur papier (sans filigrane) 10,2 cm x 9,5 cm Inscriptions au crayon noir, sur le papier de montage : « Collections Alex. Colin et Binder/ Episode de la "Traite des Nègres" ». Cachet de collection, en bas, au milieu : « POD », Pierre-Olivier Dubaut (Lugt n° 2103b). L'encre est insolée, le cachet est donc peu visible. Au verso, cachet de collection, à l'encre violette, en bas à droite : « POD », Pierre-Olivier Dubaut (Lugt n° 2103b). Provenance : - Collection Alexandre Colin (1798-1875), Paris - Peut-être : Vente Alexandre Colin, peintre, Bonnefons, commissaire-priseur, Schroth expert, Paris, rue des Jeûneurs, 7 avril 1847, n° 33 : « Dessins par Géricault/ Un homme assassiné ». - Collection Jean-Charles Binder (1819-1891), Paris - Peut-être : Catalogue des tableaux anciens & modernes, dessins, aquarelles, lithographies et eaux fortes [...] dépendant de la succession de M. Ch. B. [Binder], Chevallier, commissaire-priseur, Féral, expert, Paris, Hôtel Drouot, salle n° 3, 9 février 1892, n° 26 : « Géricault (Th.)/ Environ deux cents croquis. Plume et mine de plomb. (Ce numéro sera divisé) ». - Collection Pierre-Olivier Dubaut (1886-1968), Paris - Collection Maxime Dubaut (1920-1991), Paris - Collection Jacqueline Dubaut-Bellonte (1926-2012), Paris - Collection particulière, Paris Contrairement à l'annotation, ce dessin de Géricault n'est pas en rapport avec la Traite des Noirs, le vaste projet que l'artiste avait en tête en 1818-1820, au lendemain du succès remporté par Radeau de la Méduse et dont l'École des Beaux-Arts, à Paris, conserve une grande étude à la sanguine et pierre noire. Dans cette aeuvre, on ne trouve nulle trace de combat et encore moins de lutte acharnée et désespérée. Ces trois hommes, selon nous, ont beaucoup plus à voir avec les combats au corps à corps qui eurent lieu sur le tristement célèbre radeau de La Méduse. En voici, rapidement, relaté les faits. Une division composée de quatre navires, La Méduse, L'Echo, La Loire, et L'Argus, était partie de l'île d'Aix le 17 juin 1816 avec mission d'aller, au nom de Louis XVIII, reprendre possession du Sénégal en exécution des clauses du traité de Paris, confirmées par la convention du 20 novembre 1815. L'expédition maritime avait été confiée à Hugues Duroys de Chaumareys, un ancien émigré né en 1766 qui avait quitté le service en 1791. Le piètre commandant de la frégate La Méduse qui n'avait plus navigué depuis vingt-cinq ans portait avec le ministre de la Marine l'entière responsabilité du naufrage et celle du lâche abandon du radeau construit pour la circonstance. Fin 1817, de retour d'Italie, Géricault se décidait à immortaliser ce simple fait divers - un naufrage parmi tant d'autres - dont l'opposition libérale, bonapartiste, républicaine et orléaniste s'était emparée pour dénigrer les ultras et réclamer leur départ du gouvernement. Après un travail de longue haleine et de très nombreuses esquisses peintes et dessinées, Géricault exposa son tableau monumental (4, 91 x 7, 16 m) au Salon de 1819 mais, prudence ou censure de l'administration du Louvre (les deux peut-être), l'aeuvre figura dans le livret officiel sous le simple titre de Scène de naufrage. En 1818-1819, l'intensif travail préparatoire de Géricault avait notamment pour objectif de trouver la scène exacte qu'il convenait de représenter. Il lut attentivement le livre de Corréard et Savigny, les deux rescapés par qui le scandale éclata, pour illustrer à la pointe du crayon et du pinceau les différents épisodes de la terrible dérive du radeau : des scènes de désespoir, de combats fratricides, de cannibalisme, d'espoir et de sauvetage. Le dessin qui nous intéresse s'inscrit très probablement dans les recherches graphiques menées pour illustrer les combats désespérés, marqués du sceau de la folie, que se livrèrent deux groupes ennemis. Les trois dessins les plus aboutis son ceux que conservent le Stedelijk Museum d'Amsterdam, le Fogg Art Museum et le musée du Louvre (fit . 1) . De celui que conserve le Louvre, Bazin remarquait très justement qu'il n'illustrait pas vraiment, comme on le pensait et continue à le penser, une véritable scène de cannibalisme mais un passage très précis du récit des deux naufragés qui relate un combat nocturne : « Ceux de nos adversaires qui n'avaient point d'armes cherchaient à nous déchirer, à belles dents, plusieurs de nous furent cruellement mordus, M. Savigny le fut lui-même aux jambes et à l'épaule » . Géricault a réalisé plusieurs dessins mettant en scène ce genre de combats au corps à corps dont l'un, conservé au musée d'Angers (fig. 2), est très proche du dessin qui nous intéresse. Le cadrage, serré, vient encore accentuer la monumentalité de ces deux scènes énergiques et violentes. On y retrouve la même écriture, nerveuse et hachée, que vient renforcer un dédoublement de la ligne fine. Dans le dessin des trois hommes luttant, la mine de plomb explore avec impudeur chaque tension musculaire. De cette « force grondante », pour reprendre l'expression de René Huyghe, Géricault arrive à extraire une puissance intérieure qui appelle le mouvement, « pour aboutir à des impulsions foudroyantes du tracé » . Ce dessin était, jusqu'à ce jour, parfaitement inconnu des spécialistes de l'artiste. Ceci explique son absence du catalogue raisonné de Germain Bazin. Bruno Chenique Cette aeuvre sera incluse dans le Catalogue raisonné des dessins inédits et retrouvés de Théodore Géricault, actuellement en préparation par M. Bruno Chenique.